19.12.2006

Discours pour la France qui souffre

medium_nous_allons_faire_revivre_l_espoir_large.jpg
Charleville-Mézières – lundi 18 décembre 2006

télécharger le discours (format pdf)


Merci à Bérangère POLETTI, et Jean-Luc WARSMANN
Merci à Benoît HURÉ, Président du Conseil Général
Merci à François FILLON, Xavier BERTRAND, Catherine VAUTRIN et Renaud DUTREIL
Merci d’être venus si nombreux.



Merci de cette chaleur que n’expriment bien que ceux qui connaissent la valeur de l’amitié et l'importance de la sincérité, parce que la dureté de la vie leur a enseigné qu'on ne fait jamais rien de grand si on est seul.

C’est ici que je voulais être ce soir, dans cette vieille cité gallo-romaine qui a épousé le rêve d’un prince italien, dans ce département des Ardennes où s’est joué tant de fois le sort de la nation et où, dans l’ombre des grands arbres, d’anciennes légendes entretiennent le mystère des vieilles forêts qui ont vu passer les légions de César et les armées de Charles Quint.
C’est à vous que je voulais parler, héritiers d’une destinée courageuse, ingénieuse, tenace, attachée à cette terre sur laquelle fut versée tant de larmes, de sueur et de sang, et dont le travail de l'homme tira de si profondes richesses.

Je suis venu ici en Champagne-Ardenne parce que la région a souffert, parce qu’elle souffre encore des restructurations, de la désindustrialisation, des délocalisations. Je ne suis pas venu vous exprimer ma tristesse. Vous n’en avez pas besoin car elle ne sera d'aucun secours pour celui qui a perdu son emploi.

Je ne suis pas venu pleurer avec vous car je sais qu'ici les vrais chagrins, on les garde pour soi, discrètement, pudiquement.

Je ne suis pas davantage venu vous inviter à la résignation, à la démission, à l'acceptation de la fatalité.

Je n'accepterai jamais que l'on dise : les usines c’est fini, l’industrie c’est fini, le plein emploi c'est fini, les Ardennes c'est fini, la France c'est fini. Je ne le dirai jamais car je ne le croirai jamais.

Je ne suis pas venu vous dire : tout ce que vous avez fait pendant des siècles ne vaut plus rien ! Toute cette culture, tout ce savoir-faire, toute cette tradition industrielle c’est terminé !
Je pense exactement le contraire. C'est une richesse extraordinaire que le savoir-faire et la culture d'un vieux pays qui ne veut pas mourir.
Je ne suis pas venu vous dire : partez, allez voir ailleurs, parce que dans l’économie mondialisée il n’y a plus de place pour vous, abandonnez vos maisons, les lieux familiers qui vous ont vus naître, qui ont vu naître vos parents et leurs parents avant eux, les souvenirs de votre enfance, oubliez vos forêts, vos étangs, vos rivières, vos champs, ici c’est le passé, l’avenir est ailleurs, il est dans les grandes villes, il est de l’autre côté de la frontière, il est en Inde, en Chine, en Amérique ! Cela c'est le renoncement et la démission. Moi je veux la volonté et la ténacité. Ici c'est chez vous et je veux que vous puissiez travailler sur votre terre.
Je suis venu vous dire : restez, ensemble nous allons faire revivre l’espoir. Ici on a subi tant d’épreuves ! Mais on a toujours su se relever. Vous êtes capables de tant de choses !
Je ne suis pas venu vous dire : ici on détruit des emplois, ce n’est pas grave parce qu’on en crée ailleurs.
Je ne suis pas venu vous expliquer la mondialisation. Vous en subissez tous les effets ! Je ne suis pas venu vous apprendre la vie, vous la connaissez autant que moi.
Je ne suis pas venu vous faire la pédagogie du sacrifice et du malheur. Les sacrifices, vous ne cessez d’en faire depuis des années et le malheur vous l’éprouvez à chaque fermeture d’usine, à chaque destin brisé par le chômage, à chaque maison qui se vide, à chaque enfant qui doit partir.
Je ne suis pas venu vous donner une leçon de courage. Du courage on en a toujours eu chez vous.

Je suis venu ici parce qu’ici c’est la France, la vraie France celle que j'aime, telle que je la connais, telle que je la ressens. La France qui croit au mérite et à l’effort, la France dure à la peine, la France dont on ne parle jamais parce qu’elle ne se plaint pas, parce qu’elle ne brûle pas des voitures - cela ne se fait pas ici de casser ce que l'on a payé si cher - parce qu’elle ne bloque pas les trains. La France qui en a assez que l'on parle en son nom. La France qui se sent mise à l’écart parce que les augmentations d'impôts sont toujours pour elle et les allocations pour les autres, qui se sent parfois abandonnée mais qui ne demande pas la charité, qui veut juste qu’on la respecte.

La France qui ne veut pas renoncer, qui ne veut pas disparaître, qui ne veut pas mourir. La France qui sait que la vie est un combat et qui s’est toujours battue, battue pour sa liberté, battue dans la guerre comme dans la paix, contre les armées étrangères, contre la nature, contre la fatalité, battue comme vous l'avez fait ici pour arracher du sol le fer et l’ardoise, pour défricher, pour cultiver, pour exploiter la forêt, construire des villes, des routes, des ponts, des églises, pour nourrir ses enfants. La France qui sait qu'on ne vit dignement que du fruit de son travail.

Cette France qui souffre mais qui veut vivre debout sur sa terre et qui ne demande rien d’autre que la justice, je veux parler en son nom. C’est à cette France que je veux dédier toute mon action et donner toute mon énergie.

La France qui souffre ce n’est pas seulement celle des exclus, celle des désespérés, celle des laissés-pour-compte, celle des sans-domicile, celle des pauvres sans travail.

La France qui souffre c’est aussi celle des travailleurs pauvres, de tous ceux qui estiment ne pas avoir la récompense de leur travail, de leurs efforts, de leurs mérites. Celle qui sait qu'avec le SMIC on n’arrive plus à se loger, celle des temps partiels subis, celle des mères isolées qui ne peuvent pas travailler à temps plein parce qu’elles n’ont pas les moyens de faire garder leurs enfants. C’est la France des salariés de l’industrie qui vivent dans la hantise des délocalisations, des cadres qui redoutent à 50 ans de faire les frais de la prochaine réorganisation et de ne plus avoir de place dans l'économie et la société. C'est aussi celle des artisans, des agriculteurs, des pêcheurs écrasés de charges et de contraintes et qui n’arrivent plus à faire face. C’est la France des classes populaires qui a peur de l’exclusion et celle des classes moyennes qui a peur du déclassement.

C’est la France pour laquelle le futur est vécu comme une menace alors que je veux tant qu'il soit une espérance.
C’est aussi la France du « non » qui n’est pas la France du refus du monde ou de l'Europe mais la France qui n’en peut plus de subir, la France qui ne se sent ni écoutée, ni entendue, ni respectée.
Ce « non » n’est pas celui d’une France qui n’aspire qu’à se replier sur elle-même. C’est celui d’une France qui ne veut pas cesser d’espérer et qui demande qu’on lui donne des raisons d'y croire.
C’est le cri d’une France qui ne veut plus que l’on décide sans elle.

J'ai voté "oui" au référendum mais je veux et je dois entendre cette France du « non » pour lui donner des raisons de croire en l'avenir et d'avoir confiance.
Je veux comprendre, entendre, parler avec cette France qui s'est laissée tenter par l’abstention et séduire par l’extrémisme. Je veux lui dire que la république a besoin d'elle, qu'on ne construit rien avec juste de la colère. Je veux lui dire que si nous le voulons, nous ne sommes condamnés ni à la fin de l’industrie, ni à la fin du travail, ni à la baisse des salaires, ni à la fin de l'identité française.
Je veux lui dire que si nous le voulons, nous ferons reculer le chômage de masse, la pauvreté, les inégalités.
Je veux lui dire que ce que les générations précédentes ont fait nous devons le faire aussi.
Je veux lui dire qu’il n’y a aucune fatalité à l’injustice et au malheur.
Je veux lui dire que l’avenir sera ce que nous saurons en faire.
Je veux lui proposer de renoncer au renoncement.
Je veux lui promettre que tout peut redevenir possible.
Je veux lui dire les yeux dans les yeux que je dirai tout avant l'élection parce que je ferai tout après. Je sais que vous vous êtes souvent sentis trahis. Je ne vous trahirai pas. Je ne vous mentirai pas. Je ne vous abandonnerai pas.




Je ne suis pas venu vous dire de prendre votre mal en patience, ni de renoncer à tous les acquis sociaux pour affronter la concurrence de l’Inde et de la Chine. Je ne suis pas venu vous proposer de résoudre les problèmes du XXIe siècle avec les solutions du XIXe siècle.
Je suis venu vous dire que je n'accepte pas que la France soit un pays où l’on s’appauvrit en travaillant parce que le travail ne paie plus assez, qu'il n'est pas assez respecté, n'est pas assez valorisé, n'est pas récompensé.

La politique économique fondée sur les 35 heures, le partage du travail, les idées socialistes que nous n'avons pas assez profondément remises en cause, a conduit depuis 25 ans à l’austérité salariale et aux prélèvements obligatoires qui étranglent le pouvoir d’achat. Il y a un grave problème de pouvoir d'achat en France.
Depuis 25 ans; on n'arrive pas à enrayer la dégradation du niveau de vie des jeunes actifs par rapport à celui de leurs parents.
Depuis 25 ans l’ascenseur social fonctionne de moins en moins bien.
Depuis 25 ans on a trop dévalorisé le travail, et on a ainsi freiné la croissance et donc créé du chômage.
Depuis 25 ans, avec les meilleures intentions du monde on cherche davantage à rendre la pauvreté supportable qu’à l’éradiquer.
Depuis 25 ans on cherche davantage à rendre vivable la précarité plutôt qu’à la combattre.
Depuis 25 ans nous nous contentons de guetter et d'espérer dans les soubresauts de la conjoncture internationale.
Depuis 25 ans nous sommes confrontés, à une forme insidieuse de capitulation sociale à laquelle la mondialisation et l’Europe servent d’alibis. Cette capitulation est le fruit d'une multitude de renoncements devant l'ampleur des changements que nous imposent les bouleversements sans précédent qui sont en train de transformer le monde.
Notre ambition est celle de suivre en moins bien la croissance mondiale et de subir en un peu moins pire la crise lorsqu'elle arrive. Nous manquons d'ambition parce que nous n'avons plus confiance en nous-mêmes.
Grâce au quinquennat de Jacques CHIRAC, nous avons cessé de capituler face à la délinquance, au déclin industriel, à l'immigration non maîtrisée, à l'endettement public. Nous avons cessé de capituler sur le front de la rénovation urbaine, sur celui des politiques de l'emploi, sur celui de la défense. Mais il nous faut aller plus fort et plus loin. Il nous faut plus d'imagination, plus de volonté. Il nous faut passer du renoncement à l'audace.
Ce renoncement est une faute. Le cacher serait une faute plus grave encore. Il faut du courage pour poser le bon diagnostic. Je le fais car je ne veux pas que demain ressemble à hier.

A ceux auxquels le 21 avril 2002 et le non au référendum sur la Constitution européenne n’ont rien appris, à ceux qui refusent de s'interroger pour comprendre pourquoi les Ardennes ont voté à 41% pour les extrêmes au premier tour de l’élection présidentielle de 2002 et à 62% pour le non à la Constitution européenne en 2005 alors qu’elles ont tant souffert de la guerre et qu’elles ont tant à espérer de l’Europe, je veux dire qu’à rester sourds au cri de la France qui souffre, nous prenons le risque de la pousser à crier plus fort encore sa douleur et sa révolte. Ouvrons les yeux. On ne peut pas faire comme si les Français n'avaient rien dit.
Nous devons changer profondément notre façon de faire de la politique, de concevoir nos politiques, de mettre en œuvre la politique de la France.

On ne doit pas caricaturer la France qui va mal, on doit chercher à la comprendre. On n'a pas à l’accuser d’être frileuse, à l’accabler de l’arrogance de ceux qui savent envers ceux qui ne savent pas. Cela c'est faire la politique du pire.
Il ne peut en sortir que le pire.
On ne bâtira rien sur l’antagonisme entre la France du oui et celle du non, entre la France heureuse et la France malheureuse, entre celle qui tire son épingle du jeu et celle qui a de plus en plus de mal à s’en sortir.
Si tous les talents, tous les chercheurs, les entrepreneurs, les sportifs, les artistes, si tout ce que la France compte d’audace, d’imagination, d’intelligence, d’esprit d’entreprise s’en va, la France qui souffre souffrira bien plus encore.
Si ceux qui souffrent sont de plus en plus nombreux, si leur souffrance devient insupportable, la France se fermera et se jettera dans les bras de l’extrémisme.
Je veux réconcilier la France qui gagne et celle qui souffre.
Je veux réconcilier la France avec la réussite et avec la justice.
Je veux une politique qui n’oppose pas les territoires ni les Français, qui ne joue pas les jeunes contre les vieux, les services contre l’industrie, la nouvelle économie contre l’ancienne, mais qui prenne la France comme un tout, qui utilise toutes les ressources, toutes les forces, toutes les énergies, qui ne laisse rien perdre, qui n’abandonne pas une seule personne, pas un seul territoire.


Je veux dire à ceux qui trouvent qu’il est si dur de gagner sa vie en travaillant, comme à ceux qui désespèrent de trouver un emploi, qu’ils souffrent du même mal, qu’ils sont victimes du même renoncement. Ce renoncement économique qui fait de la France et de l’Europe les victimes expiatoires de la mondialisation.Ce renoncement condamne la France et l’Europe à subir au lieu d’agir.C'est d'abord un renoncement devant la pensée unique et devant le politiquement correct.
Un renoncement devant tous les conservatismes, tous les corporatismes et tous les lobbies.
Je suis libéral mais j'ai la force de dire qu'il y a des dérives de la finance qui ne sont pas acceptables.
J'ai voté pour l'Euro que je crois être un progrès mais je ne veux pas m'incliner devant le dogme d'une monnaie si forte qu'elle condamne nos exportations.
Je crois en la concurrence qui est un progrès mais je veux qu'elle soit loyale. Je n'accepte pas le dumping fiscal, social, environnemental qui est pratiqué par certains pays.
Je crois en la liberté mais je veux qu'elle soit réciproque. L'Europe ne doit ouvrir ses marchés que si les autres le font en même temps que nous, de la même façon que nous, aussi profondément que nous.

Je crois dans l'Europe mais dans celle qui protège, pas dans celle qui inquiète. La préférence communautaire doit être notre règle. Je crois dans le mérite - quand on travaille plus, on doit gagner plus - mais je n'accepte pas que des patrons voyous restent impunis, que des rémunérations exorbitantes, des primes injustifiées, des stock options réservées à quelques-uns, des parachutes en or puissent être accordés à ceux qui ne les méritent pas.
Je crois dans une certaine exigence morale. Si on ne la respecte pas, on détruit le fondement éthique de l'économie de marché.

Donner toujours raison aux emballements du marché, sacrifier le long terme au court terme, l’industrie à une exigence de rentabilité déraisonnable et l’emploi aux seuls cours de Bourse est un renoncement.
Ce renoncement donne le pouvoir aux prédateurs au détriment des entrepreneurs. Il fait passer la spéculation avant la production. Or je veux être celui qui soutient les entrepreneurs et encourage la production, car il nous faut créer de la richesse si nous voulons faire reculer la pauvreté, la précarité, l'exclusion.
Je veux que ceux qui trichent soient punis car je ne veux pas parler aux tricheurs, aux fraudeurs, aux truqueurs.
Je veux que les stock options soient distribuées à tous les salariés et pas seulement à quelques privilégiés parce que tous contribuent à la richesse de l'entreprise.
Je veux que la transparence soit plus grande sur la rémunération des dirigeants et que les actionnaires aient leur mot à dire car il n'y a aucune honte à récompenser le risque qui est pris.
Je veux que ceux qui créent des emplois et des richesses puissent jouir des fruits de leur réussite, mais je veux que ceux qui échouent supportent la sanction de leur échec.
Je veux que le capitalisme familial soit encouragé parce qu’il s’inscrit davantage dans la durée que le seul capitalisme boursier.
Je veux que la logique industrielle compte autant que la logique financière.
Je veux que les entreprises qui investissent et qui créent des emplois payent moins d’impôts sur les bénéfices que celles qui désinvestissent et qui délocalisent.
Je veux que les allégements de charges soient supprimés pour les entreprises qui font des profits et qui n’augmentent jamais les salaires car ce n'est pas à l'Etat de compenser la rigueur salariale.
Je veux moraliser le capitalisme financier parce que c’est la condition nécessaire pour réconcilier les Français avec l'économie.

Pour peser dans le concert mondial la France a besoin de l’Europe. C'est une conviction à laquelle je ne renoncerai jamais. L'Europe nous a apporté la paix, et ici la paix on sait ce que cela veut dire parce qu'on a vu de près la guerre.
L’Europe c’est la possibilité pour la conception que nous avons de l’homme de rester vivante dans la civilisation mondiale. L’Europe c’est la possibilité d’humaniser la mondialisation.

L’Europe des pères fondateurs, l’Europe de Monnet et de Schuman, l’Europe de De Gaulle et d’Adenauer, celle de la CECA, de l’Euratom, de la politique agricole commune et de l’Airbus c’était l’Europe des volontés, l’Europe qui unissait ses moyens pour être plus forte.
L’Europe était une volonté politique. La volonté politique s’est diluée dans la bureaucratie.
L’Europe était une exigence. L’exigence s’est dissoute dans la gestion.
L’Europe était un projet. C’est devenu une machine.
S’en accommoder ce serait capituler. Cette capitulation serait suicidaire.
La surévaluation de l’euro est une erreur.
Elle rend le travail européen cher et le travail du reste du monde moins cher.
Elle tire les salaires vers le bas. Elle pénalise nos industries.
Elle incite aux délocalisations. Continuons comme cela et on ne pourra plus fabriquer un Airbus en Europe.
Nous avons fait l’euro pour agir, pas pour subir.
Nous avons fait l’euro pour mettre le travail européen en mesure de relever le défi de la mondialisation, non pour l’étrangler.
Il n’y a pas un pays au monde où la monnaie ne soit pas un instrument de politique économique au service de la croissance et de l'emploi. Je ne veux pas laisser aux Américains le monopole d'un dollar roi.
Il n’y a pas un pays au monde où la Banque Centrale ne dialogue pas avec le gouvernement.
L'indépendance est une chose. Le refus du dialogue une autre.
On ne peut pas continuer comme cela !
On ne peut pas continuer sans un gouvernement économique de la zone euro.
On ne peut pas continuer à faire de l’euro un handicap alors qu'il a tout pour être un atout !
On ne peut pas continuer à faire de la zone euro la variable d’ajustement des stratégies monétaires de tous les autres pays du monde !
On ne peut pas continuer à détruire des milliers d’emplois, à amputer le pouvoir d’achat de millions de salariés, avec une politique qui échappe à tout contrôle démocratique !
On ne peut pas continuer à se préoccuper d'une inflation que la concurrence a fait disparaître sans se préoccuper du chômage, du pouvoir d’achat et de la croissance !
La religion du libre-échange absolu est un renoncement.
Le libre-échange ne peut pas être un dogme.
Il faut regarder le monde tel qu’il est. Quand tous les autres se protègent, l’Europe ne peut pas être la seule à être désarmée. Je déteste le protectionnisme qui n'amènera rien de bon. Mais je veux que l'Europe protège. Protéger c'est la responsabilité d'un Président de la République.
Quand tant d'autres trichent l’Europe ne peut pas être la seule à respecter les règles.
Quand il n’y a pas de réciprocité l’Europe ne peut pas être le dindon de la farce.
Elle ne doit pas accepter que son niveau de vie soit tiré vers le bas et sa cohésion sociale mise en péril par le dumping monétaire, social ou écologique. Dans une guerre économique qui ne dit pas son nom l’Europe a besoin d’une préférence communautaire qui a été le fondement de la création de l'Union Européenne.
Considérer la concurrence comme un dogme intangible est un renoncement.
La concurrence a d’immenses vertus mais elle ne peut pas tout régler. La concurrence sans règle tue la concurrence et condamne à l'impuissance.

L’Europe de la concurrence sans limite est celle de l’impuissance politique et de l'impuissance économique. L’Europe est la seule région du monde où les politiques industrielles sont interdites. C'est un comble. Pour sauver Alstom, j'ai dû me rendre à 4 reprises devant la commission européenne. Elle aurait dû m'aider, pas me combattre. L’Europe est la seule région du monde où les lois de la concurrence livrent les entreprises aux prédateurs du monde entier parce qu’elles les empêchent de fusionner et parce qu’elles interdisent aux Etats de les aider. Même aux Etats-Unis l’Etat a plus de marges de manœuvre pour intervenir dans l’économie que n’en ont les Etats européens.

Il faut sortir des dogmes et de l’idéologie et revenir à une conception du droit de la concurrence plus réaliste et plus raisonnable.
Si tous les pays ont des politiques industrielles, l’Europe doit en avoir aussi.
Si tous les pays aident leurs entreprises, les pays européens doivent les aider aussi.
Si tous les pays protègent leurs intérêts stratégiques et leurs emplois, les pays européens doivent les protéger aussi.
Vous savez mieux que quiconque que dans ce domaine la naïveté n’est pas de mise. Vous connaissez ces prédateurs qui s’emparent d’une entreprise, la vident de tous ses actifs et rentrent chez eux fortune faite en ne laissant qu’une coquille vide et des salariés sur le carreau.
Vous connaissez ces fonds d'investissement qui ne rachètent des entreprises que pour se débarrasser d’un concurrent et qui à la première occasion délocalisent toute la production dans un pays où ils pourront tirer parti de tous les dumpings.
Vous connaissez les investisseurs qui ne prennent le contrôle d’une entreprise que pour piller ses savoir-faire, ses secrets industriels et sa technologie. Ces façons de faire je ne les accepte pas.
Je propose que l’Etat mette une vraie politique d’intelligence économique au service des entreprises françaises.
Je propose que l’Etat se donne les moyens qui lui permettront de prendre temporairement des participations pour aider des entreprises stratégiques à passer un moment difficile comme je l’ai fait pour Alstom.

Je propose que l'Etat favorise l'orientation de l'épargne vers la création et le développement de nos entreprises.

Je propose que l’Etat conduise une véritable politique de la commande publique au service d’une ambitieuse stratégie industrielle et au profit des PME comme le font les Américains. Je ne vois pas pourquoi ce qui est acceptable pour l’Organisation Mondiale du Commerce en Amérique ne le serait pas en Europe.

Accepter la fin de l’industrie comme une fatalité est une erreur stratégique.
La nouvelle économie transforme l’ancienne, elle ne la fait pas disparaître. La nouvelle économie n’a fait disparaître ni la sidérurgie, ni la mécanique, ni le textile. Les services ne feront pas disparaître l’industrie.
Beaucoup de services sont des services à l’industrie. La désindustrialisation comme fatalité est une impasse. Quand toutes les usines seront parties en Inde ou en Chine, tout le reste suivra. Les services aux entreprises partiront et les laboratoires aussi. La Chine et l’Inde ne manquent ni de savants, ni d’ingénieurs, ni de gestionnaires.
Je propose que soit mise en œuvre une politique de filières qui permette à la France d’exploiter ses atouts et de tirer le meilleur parti de ses avances technologiques et de son image de marque dans le nucléaire, le ferroviaire, l’espace, l’automobile, la santé, l’agro-alimentaire, le tourisme ou le luxe, ou encore dans les technologies propres où la France est en mesure, si elle s’en donne les moyens, de prendre un avantage décisif.
Je ne peux accepter le gâchis de la désindustrialisation, je ne peux accepter que tant d’hommes soient broyés par une logique économique à courte vue ou laissés pour compte parce qu’ils ne correspondent plus aux critères de performance à la mode, je ne peux l’accepter parce que c’est un effroyable gaspillage humain et parce que la cohésion sociale est aussi un facteur de compétitivité. Je ne peux pas accepter l’idée d’abandonner à leur malheur des territoires et des hommes frappés par le sort alors que très souvent il suffirait de si peu pour les remettre en selle.
Je propose que l’Etat se donne les moyens d’investir dans les bassins indusriels en difficulté pour les réindustrialiser en y développant des activités nouvelles.
Je ne veux pas qu’on abandonne les Ardennes à leur sort.
Je ne veux pas non plus qu’on en fasse le laboratoire d’une France sans industrie. Je ne veux pas qu’on en fasse un parc naturel, une réserve où les usines seraient des musées.
Les Ardennes cesseraient de vivre et ce serait une perte irréparable. Alors que quelques kilomètres de voies ferrées et d’autoroute suffiraient à les remettre au carrefour de l’Europe et à les désenclaver, et qu’un pôle de compétitivité permettra peut-être de faire naître ici un jour la métallurgie du futur.
Cet abandon serait une capitulation de plus.
Opposer le salaire à l’emploi est une erreur.
Le salaire n’est pas l’ennemi de l’emploi.
L’emploi fait augmenter les salaires.
L’augmentation des salaires crée de la demande.
La demande crée de la production et de nouveaux emplois.
La vraie politique de l’emploi c’est la politique du pouvoir d’achat. La vraie politique du pouvoir d’achat c’est la politique de l’emploi. Le chômage de masse tire les salaires vers le bas. La baisse du pouvoir d’achat entretient le chômage.
Je veux une politique qui, en stimulant la croissance et en faisant reculer le chômage, réduira les déficits et fera monter les salaires.
Pour gagner dans la mondialisation, il faut investir plus que les autres et avant les autres. C’est comme cela que nous ferons de la croissance. C’est comme cela que nous créerons de l’emploi et du pouvoir d’achat.
La France doit réduire ses dépenses publiques mais elle n’a pas besoin d’une cure d’austérité de plus, elle a d'abord besoin d’une politique de réformes et de croissance.
Je vous propose une politique d’efforts et non une politique de sacrifices.
Je vous propose une politique de hausse du pouvoir d’achat.
Depuis trop longtemps la France cherche à rétablir ses équilibres en diminuant ses dépenses d’investissement au lieu de diminuer ses dépenses courantes.
Depuis trop longtemps la France sacrifie ses dépenses d’avenir parce que personne n’a le courage de toucher aux dépenses du passé.
Je suis venu vous proposer de tailler dans la dépense improductive et de donner la priorité à l’investissement.
Je suis venu vous proposer de pourchasser tous les gaspillages, de supprimer tous les organismes qui ne servent à rien, de liquider toutes les politiques inefficaces, de combattre toutes les fraudes, de réformer l’Etat pour qu’il soit plus concentré sur ses missions essentielles, d’augmenter la productivité des services publics.
Je suis venu vous proposer de respecter une règle simple : les dépenses courantes doivent être intégralement financées par l’impôt, les dépenses d’investissement peuvent être financées par l’emprunt.
Je propose d’investir massivement dans l’enseignement supérieur et dans la recherche après avoir donné à nos universités une plus grande autonomie.
Je propose de donner aux Français la possibilité de s’endetter davantage pour investir. Il faut donner à tous ceux qui ont des projets les moyens de les financer grâce à du capital risque public, à des prêts à taux zéro, à un système de cautionnement public qui mutualise les risques et qui permette à ceux qui ne peuvent pas apporter de garanties d’accéder au crédit.
Je propose que le crédit d’impôt recherche soit porté à 100% pour stimuler l’effort de recherche des entreprises.

Le partage du travail est une régression sociale.
Les 35 heures ont freiné les salaires et le pouvoir d’achat.
Je vous propose de passer d’une logique du partage à une logique de création.
Je propose que celui qui veut travailler plus pour gagner davantage ait le droit de le faire parce qu’il ne sert à rien d’avoir plus de temps libre quand on n’arrive plus à boucler ses fins de mois.
Je propose que les heures supplémentaires soient exonérées de charges sociales et même d’impôts parce que tout le monde y gagnera.
Et cela vaut pour les fonctionnaires aussi bien que pour les travailleurs du secteur privé. Le service public y gagnera lui aussi. Qui ne se rend compte que l'hôpital souffre encore des désorganisations qui ont suivi les 35 heures ? Qui pourrait refuser à nos infirmières, à nos aides soignantes qui font un travail extraordinaire et tellement difficile de travailler plus pour gagner plus si elles le souhaitent ?
Mais comment prétendre qu’on veut lutter contre le chômage si on surtaxe le travail ?
Je ne comprends pas comment on peut prétendre rivaliser avec les pays à bas salaires si l’on augmente sans cesse le coût du travail ?
Je ne comprends pas comment on peut prétendre qu’on veut plus de pouvoir d’achat pour les salariés si l’on ne cesse d’alourdir les charges sur le travail ?

Je propose qu’on bascule sur une fiscalité écologique une partie des charges qui pèsent sur le travail.
Je propose qu’on taxe les pollutions plutôt que le travail.
Je propose que toute réforme des prélèvements obligatoires ait désormais pour objectif principal l’allégement de l’imposition du travail parce que dans l’économie mondialisée c’est une nécessité vitale.
Notre droit du travail qui décourage l’embauche sans protéger du chômage est une régression sociale.
Pour supprimer un frein à l'embauche et pour diminuer la précarité, je propose qu’on protège moins les emplois et davantage les personnes, grâce à la création d’un contrat de travail unique, à durée indéterminée, à droits progressifs, plus souple en matière de licenciement économique, et d’une sécurité sociale professionnelle qui sécurise mieux les parcours individuels. Quand on change d'emploi on doit être mieux protégé. Et c'est parce que l'on sera mieux protégé que l'on changera plus facilement d'emploi.

Accepter la logique de l’égalitarisme c'est du socialisme. Et je ne suis pas socialiste.
Il faut sortir de cette logique absurde du nivellement qui tire toute la société vers le bas en l’amputant de tous ses talents, en la privant de ses jeunes les mieux formés, les plus entreprenants, les plus imaginatifs, les plus audacieux.
Il faut sortir de cette politique qui consiste à déshabiller Pierre pour habiller Paul. Il faut sortir de cette double impasse de la politique qui punit la réussite et de la politique du chacun pour soi.
* *
*
Depuis 25 ans l'absence d'espoir et le renoncement devant la fatalité démoralise la société.
Depuis 25 ans nous renonçons face à l’exclusion, à la précarité et à la discrimination.
Depuis 25 ans nous échouons face à la pauvreté.
Depuis 25 ans nous nous inclinons devant la crise de l’école et la crise des valeurs.
Depuis 25 ans nous capitulons devant le conformisme et la bonne conscience.
Cette capitulation se cache derrière de grands mots et de grands principes qui servent de paravents aux égoïsmes.
On a capitulé devant l’idéologie de mai 68.
On a capitulé devant la logique de l’assistance.
On a capitulé devant l’immigration non maîtrisée.
On a capitulé devant le communautarisme.
On a capitulé devant une conception formelle et dogmatique de l’égalité.

Construire l’école sur les principes de mai 68 est une capitulation intellectuel.
En sapant l’autorité des professeurs, en détruisant la transmission, en dévalorisant la culture, en renonçant à l’excellence, en apprenant aux enfants que tout se vaut, en appauvrissant le savoir, en abaissant le niveau des diplômes pour pouvoir les donner à tout le monde au nom d’une fausse conception de la démocratisation, on a d’abord pénalisé les plus modestes, ceux dont les parents ne peuvent pas suppléer la défaillance de l’école.
On a interdit aux enfants d’ouvrier d’accéder aux grandes œuvres de l’esprit et de se préparer à affronter la société de la connaissance. A l’inégalité de la naissance on a ajouté l’inégalité du savoir et de la culture. On ne leur a pas donné les moyens de la promotion sociale, ni les moyens d’accéder à un métier, ni les moyens d’exprimer pleinement leurs sentiments, leurs espérances et leurs angoisses. On ne leur a pas donné les repères qui rendent possible et supportable la vie en société.
Je propose de rompre avec l’héritage de mai 68. Je propose l’école de l’excellence. Je propose la culture pour chacun. Je propose d’élever le niveau plutôt que de brader les diplômes. Je propose l’orientation, la sélection et la responsabilité. Je propose des internats d’excellence pour les enfants des familles modestes qui ne peuvent pas étudier chez eux. Je propose la deuxième chance et la possibilité de se former tout au long de la vie.
Une école de l'égalité des chances. Une école qui ait pour objectif la liberté de l'esprit et la dignité de la personne humaine. Voilà ce que je veux !
Ce que je ne veux pas c'est l'assistanat généralisé !

L’assistanat généralisé est une capitulation morale.
L’assistance est une atteinte à la dignité de la personne. Elle l’enferme dans une situation de dépendance. Elle ne donne pas assez pour une existence heureuse et trop pour inciter à l’effort. L’assistance est un piège pour les plus démunis, l’une des causes de la dévalorisation du travail et de la démoralisation de ceux qui se lèvent tôt et qui travaillent dur.
Je propose qu’un revenu d’assistance soit toujours assorti d’une activité d’intérêt général de sorte que chacun donne un peu en contrepartie de ce qu’il reçoit. Je propose que l’allocation chômage ne puisse pas être inférieure au salaire minimum mais que nul ne puisse refuser plus de 3 offres d’emploi correspondant à ses compétences. Je veux une politique économique qui ait réellement le plein emploi comme priorité.
Je veux que les chômeurs soient mieux indemnisés, mieux accompagnés, mieux soutenus mais davantage responsabilisés.
Je veux qu'on aide davantage ceux qui veulent vraiment faire quelque chose pour eux-mêmes et qu'on aide moins ceux qui ne veulent rien faire pour eux-mêmes.
Mais comment faire si nos frontières restent grandes ouvertes à toute la misère du monde ?

L’immigration non maîtrisée est une capitulation sociale.
Accepter d’accueillir toute la misère du monde, c’est tirer toute la société vers le bas. C’est faire le malheur des immigrés que l’on n’arrive plus à intégrer, et le malheur de tous les autres. Ce sont comme toujours les plus modestes et les plus vulnérables qui payent le plus cher. La bonne conscience fait des ravages. Elle ne veut pas voir les conséquences de ce qu’elle prône. Elle ne veut voir ni le jeune de 20 ans qui meurt asphyxié dans sa cachette ou qui coule au fond de l’océan avec sa pirogue, ni les familles brûlées vives dans des hôtels sordides où elles s’entassent parce qu’on ne sait pas où les loger. La bonne conscience ne veut pas voir qu’en régularisant tous les sans-papiers on incite une masse croissante de malheureux à immigrer clandestinement dans l’espoir d’être régularisés un jour. La bonne conscience ne veut pas voir le ressentiment qui monte chez ceux qu’on accueille si mal et chez ceux qui se sentent de plus en plus étrangers dans leur propre pays.
Je propose l’immigration choisie, qui est une immigration partagée. Je propose l’immigration choisie qui répond aux besoins et aux moyens du pays d’accueil et à ceux du pays d’origine. Je propose que l’intégration devienne un parcours assorti de devoirs et couronné par des droits et non plus l’inverse. Je propose que nous n'accueillions que ceux à qui on pourra proposer un travail et un logement. Je propose qu'ils ne puissent faire venir leur famille que s'ils ont un revenu provenant d'un travail et un logement décent là où le gouvernement socialiste avait prévu que les allocations sociales suffisaient.

Je propose qu'on fasse obligation à ceux qui viennent chez nous de respecter nos lois, nos coutumes et nos valeurs. Quand on est accueilli en France, je le dis tout net, on n'est pas polygame et on n'interdit pas à sa femme de sortir.

Le communautarisme est une capitulation politique.
Je ne veux pas du communautarisme.
Le communautarisme se développe sur les ruines de la solidarité nationale. C’est la conséquence de l’affaissement du lien civique, du lien social et de la culture commune. Le communautarisme, c’est ce qu’on a laissé se développer dans certains quartiers que l’Etat a trop longtemps abandonnés à leur sort.
Le communautarisme c’est le contraire de l’émancipation républicaine. C’est le renvoi permanent de chacun à ses origines, à sa couleur de peau, à sa religion. C’est l’apartheid, c’est la pression du groupe, le mariage forcé, l’excision, la loi des grands frères, c’est une solidarité illusoire qui aliène au lieu d’émanciper, c’est une prison sans barreaux dont on ne peut pas s’évader. Tout y concourt : le laisser-aller en matière de laïcité, le laxisme de certains juges ou celui de la loi, l’urbanisme, le chômage, la carte scolaire, la faillite de l’école…

Le communautarisme n’est pas une fatalité, c’est le fruit d’un renoncement. Mais le communautarisme ne se combat pas seulement en opposant de grands principes à la réalité, on le combat en se battant contre les inégalités concrètes.

S’en tenir à une conception formelle et dogmatique de l’égalité républicaine, c’est capituler devant l'injustice.
Si nous restons arc-boutés sur les principes sans tenir compte des réalités, les réalités nous rattraperont.
Si nous laissons s’aggraver les injustices, la colère et la haine finiront par tout emporter. Je veux la discrimination positive à la Française parce que je n'accepte pas l’injustice.
Je ne veux pas une discrimination positive fondée sur des critères ethniques ou religieux qui nourrirait le communautarisme au lieu de le combattre. Je la veux fondée sur des critères sociaux, économiques et éducatifs.
Je la veux parce qu’on ne peut pas réduire les inégalités en donnant la même chose à chacun, mais uniquement en donnant plus à ceux qui ont moins.
Je veux aider davantage les territoires les plus déshérités.
Je veux aider les Français qui souffrent à sortir de leur détresse.
Je veux donner l’énergie de s’en sortir à ceux qui n’en ont plus la force.
Je veux que l’égalité des chances devienne enfin une réalité au lieu d’être seulement une pétition de principe, une affirmation sans cesse démentie.
Voilà ce que je veux ! Voilà ce que je crois juste ! Voilà ce qui est le contraire de l’esprit de capitulation !
La capitulation c’est quand on se contente des droits virtuels et qu’on ne se pose jamais la question des droits effectifs. Je veux dire ce soir à la France qui souffre que je suis bien décidé à poser la question et à y répondre. Je suis bien décidé à faire en sorte que chacun se sente concerné.
A quoi sert-il de proclamer le droit au logement si les malades ne peuvent pas obtenir de prêt immobilier parce que les assurances ne veulent pas les garantir, si ceux qui ne peuvent pas apporter la garantie de leurs parents parce qu’ils sont pauvres ne peuvent pas louer ou emprunter pour s’acheter un appartement ?
A quoi sert-il de proclamer la liberté d’entreprendre si le fils d’ouvrier ne peut pas emprunter pour créer son entreprise faute de caution ?
A quoi sert-il de proclamer le droit au travail si l’on ne peut pas acheter à crédit la voiture indispensable pour aller travailler ?
Je propose que l’Etat crée un système public de cautionnement qui mette tout le monde à égalité devant l’emprunt.

A quoi sert-il de proclamer le droit au logement, le droit à l’hébergement, l’égalité de l’homme et de la femme, le droit de scolariser son enfant handicapé, le droit au logement étudiant… Si l’on ne construit pas assez pour résorber le déséquilibre entre l’offre et la demande ?
A quoi tous ces droits servent-ils si chacun se renvoie la balle, si personne ne se sent responsable, si tous les engagements se perdent dans les méandres des procédures et des bureaucraties ?
Je propose d’en finir avec le renoncement.
Je propose d’en finir avec l’hypocrisie.
Je propose que tous ces droits deviennent opposables, et que chacun puisse saisir les tribunaux pour les faire respecter.
Je propose qu’on définisse les responsabilités, qu’on laisse le temps nécessaire à chacun pour combler le retard par rapport aux besoins et qu’une fois ce temps écoulé l’opposabilité devant le juge devienne effective.
Je veux que d’ici à deux ans plus personne ne soit obligé de dormir sur le trottoir et d’y mourir de froid.
Je veux que d’ici cinq ans les universités soient en mesure de loger leurs étudiants, que les communes soient en mesure d’accueillir en crèche tous les enfants des mères qui travaillent ou qui cherchent du travail, que tous les enfants handicapés puissent être scolarisés.
Je veux que d’ici dix ans les 700 000 logements manquants pour résorber la crise du logement aient été construits.
Ce qu’est en train de faire l’Ecosse avec son droit opposable au logement, ce qu’a fait le Danemark avec la garde d’enfants, nous pouvons le faire aussi.
Les droits opposables c’est le passage des droits virtuels aux droits réels.
C’est le passage de la logique de moyens à la logique de résultats. C’est le principe de responsabilité mis en pratique.

Il y a des souffrances auxquelles la politique ne peut rien. Mais il y a des souffrances que la politique peut guérir parce qu’elle en est la cause. Apaiser ces souffrances, voilà ce que devrait être la priorité d’une politique qui ne serait pas une politique de renoncement.
Voilà ce que je veux !



On me demande souvent ces temps-ci en quoi pour moi le gaullisme est encore d’actualité.
Eh bien je vais vous le dire !
Il ne faut pas chercher l’actualité du gaullisme dans un catéchisme que le Général De Gaulle n’a jamais écrit parce qu’il ne voulait pas que le gaullisme soit figé dans une doctrine.
Si le gaullisme est d’actualité, c’est parce qu’il a toujours été en rupture avec le conformisme de son époque, parce qu’aucun tabou ne l’a jamais empêché de regarder en face les réalités de son temps. Et nous n’avons jamais eu autant besoin de regarder les réalités en face et de sortir du conformisme pour imaginer l’avenir.
Le gaullisme est aussi d’actualité parce qu’il a toujours refusé le renoncement, parce qu’il a toujours refusé la capitulation.
Comme vous tous, j’ai appris le gaullisme dans les livres d’histoire de mon enfance avec la simple phrase du 18 juin : « la France a perdu une bataille, mais la France n’a pas perdu la guerre ».
Petite phrase mais grande leçon d’espérance au milieu du malheur et qui change le cours de l’histoire.
Nous avons perdu bien des batailles dans la mondialisation, nous n’avons pas encore perdu la guerre.
Nous avons beaucoup trop cédé sur les valeurs de liberté, d’égalité, de fraternité et de laïcité mais la République nous appelle encore.
Nous avons laissé bien trop dénigrer la nation mais nous n’en avons pas fini avec la France.
La France n’est jamais aussi prête au sursaut que lorsqu’on la croit sur le déclin.
La France a toujours étonné le monde par sa capacité à renouer avec le fil de sa grandeur quand on le croyait rompu.
Elle l’étonnera encore si les Français le veulent. Si vous le voulez.
Ce que je voulais vous dire ce soir est simple.
De ces Ardennes où la France a toujours perdu la première bataille et gagné la dernière.
De ces Ardennes où l’histoire a enseigné aux hommes que rien n’était jamais perdu dès lors qu’ils continuaient d’espérer.
De ce pays de soldats, d’ingénieurs et de poètes, au milieu de mille obstacles et de mille difficultés, malgré les erreurs du passé, malgré les handicaps du présent, nous allons faire ensemble l’exemple du renouveau français.
De ce qui était condamné à devenir le symbole d’une capitulation française devant les grands défis du monde nous allons faire, je vous le promets, le symbole d’une Renaissance.
Ici nous marierons l’ancienne économie à la nouvelle.
Ici nous inventerons la métallurgie du futur.
Ici nous inventerons un nouveau modèle de développement durable qui réconciliera l’industrie avec la nature et le travail avec la qualité de la vie.
Ici nous mettrons la France au cœur de l’Europe.
Ici nous arrêterons ce mouvement fou qui vide les territoires pour remplir les banlieues.
Si vous le voulez, nous léguerons à nos enfants non une France de misère et de souffrance mais une France heureuse et fière d’elle-même.
Nous leur léguerons non une promesse d’exil mais une promesse de réussite.
Nous leur donnerons la liberté de choisir leur vie, non de la subir.
Si vous le voulez l’avenir cessera d’être une menace.
Si vous le voulez tout redeviendra possible.

01.12.2006

Réunion publique – Angers - Vendredi 1er décembre

medium__R1S2879.jpg
Mes chers amis, je veux vous dire ma joie d’être avec vous ce soir.

Joie d’être ici à Angers, dans cette région du Val de Loire qui évoque si fortement la douceur de vivre et la puissance des idées.

Dans cette région, qui pour apprivoiser un fleuve inventa un paysage.

Dans cette région, qui pour imposer la Renaissance n’a pas eu peur de rompre avec les codes de son temps.

Dans cette région qui, avec la Renaissance, a montré que la rupture est possible sans qu’elle conduise au chaos.

Je veux vous dire ma joie d’être entouré de compagnons fidèles : François Fillon, Pierre Méhaignerie, Roselyne Bachelot, Pierre-André Périssol, Hervé de Charrette, Marc Laffineur… L’amitié est comme l’éducation : elle ne se nourrit pas de la complaisance et de la facilité ; elle se nourrit du courage de se dire les choses, de lucidité dans la réussite, de soutien dans l’adversité.

Enfin, et surtout, je veux vous dire ma joie des échéances qui se rapprochent.

Ce soir, je suis venu vous dire d’avoir confiance.

La France veut des idées fortes, elle n’attend pas des concepts creux. La France veut un dialogue sincère, elle n’attend pas de recevoir l’écho déformé de son propre discours. La France veut qu’on lui propose un avenir différent, elle n’attend pas qu’on lui resserve les recettes du passé. La France veut qu’on la tire vers le haut, elle n’attend pas qu’on la berce de formules toutes faites avec lesquelles tout le monde est d’accord.

La France a conscience des défis que notre pays doit relever. Elle veut qu’on lui dessine des perspectives, qu’on lui propose des choix, qu’on lui apporte des solutions.

Ce soir, je suis venu vous dire ma sérénité et ma détermination.

La gauche n’a qu’un seul objectif : celui de battre la droite. Nous avons une ambition : faire de la France un pays où tout peut devenir possible.

La gauche n’a qu’un but : prendre sa revanche. Nous avons qu’un idéal : que l’avenir redevienne une espérance.

La gauche n’a qu’une intention : figer le pays. Nous avons une volonté : faire entrer notre pays dans le XXIème siècle. Le remettre en mouvement.

Ma sérénité, je la trouve dans mes amis ici présents, dans tous ceux qui sont venus témoigner à mes côtés de notre résolution à nous emmener vers la victoire : ministres, parlementaires, élus, adhérents, citoyens...

Ma sérénité, je la trouve en vous voyant si nombreux ce soir. Si impatients d’engager le combat pour nos idées. Si résolus à vous battre pour notre pays. Si sûrs du bien-fondé de notre projet et de notre action.

Depuis quatre ans et demi, dans tous les combats que j’ai menés, je n’ai jamais cessé d’avoir besoin de vous.

Besoin de vous pour combattre la pensée unique de la complaisance envers la délinquance. Besoin de vous pour combattre la lâcheté du mépris des victimes.

Besoin de vous pour convaincre qu’entre l’illusion de l’immigration zéro et l’ouverture à tous les vents, il y a un juste équilibre, celui de l’immigration choisie.

Besoin de vous pour affirmer que, quand on a travaillé toute sa vie et payé des impôts, quand on a préféré économiser plutôt que dépenser, on a bien le droit de laisser sa maison et ses économies à ses enfants en franchise d’impôt.

Mais c’est plus que jamais, au cours des cinq prochains mois, que je vais avoir besoin de chacun de vous. De chacun de vous en particulier, et de chacun de vous tous ensemble.

Ce soir, je suis venu vous dire que si je suis candidat, c’est pour poser ensemble les fondations d’un nouvel avenir. Un nouvel avenir pour tous, mais d’abord pour ceux qui ont connu des épreuves, se sentent fragiles, ou pensent que rien n’est jamais pour eux.

Pour poser ces fondations, nous devons rompre avec toutes les facilités, toute la démagogie, toutes les compromissions, toutes les hypocrisies, qui depuis 25 ans affaiblissent notre pays et compromettent son avenir.

Je vous propose de rompre avec ce qui nous tire vers le bas pour laisser grandir ce qui nous tire vers le haut.

Je vous propose de rompre avec ce qui crée du désespoir pour faire renaître de l’espérance.

La rupture que je vous propose, c’est la rupture avec les archaïsmes et avec les conservatismes. La rupture avec l’injustice des discriminations, avec l’injustice du travail méprisé, avec l’injustice de l’effort non récompensé. La rupture avec cette société bloquée où les destins sont écrits à l’avance.

Je vous propose la rupture avec l’Etat mal géré et inefficace. La rupture avec l’Etat instrumentalisé au profit d’intérêts personnels ou politiques.

Je vous propose la rupture avec l’assistanat qu’on subventionne sur le dos de ceux qui travaillent. Je vous propose la rupture avec l’irresponsabilité qu’on finance sur le dos des générations futures.

C’est une rupture tranquille, mais réelle.

Ce soir, je suis venu vous proposer un nouvel avenir pour l’école de la République.

Je suis venu vous proposer qu’elle incarne un espoir pour chaque famille, et une envie pour chaque enseignant.

Je suis venu vous proposer que nous assumions enfin notre ambition pour l’éducation.

La France ne restera une nation libre que si elle se place aux avant-postes des mutations du monde. Pour cela, elle a besoin d’excellence, elle a besoin d’intelligence, elle a besoin d’innovation, elle a besoin de justice.

Je vous propose de libérer la parole de ceux qui souffrent, à commencer par celle des enseignants et des chefs d’établissements.

Je vous propose de dénoncer les faux-semblants, les mensonges, la pensée unique, l’hypocrisie.

L’hypocrisie du bac qu’on brade peu à peu, pour mieux sélectionner à l’université dans le secret des examens de fin de deuxième année.

L’hypocrisie des grandes écoles qui accueillent moins d’enfants d’ouvriers et d’employés aujourd’hui que dans les années 50.

L’hypocrisie des zones d’éducation prioritaire où l’on met les enseignants les plus jeunes et les moins expérimentés, en croyant pouvoir taire leur colère par une prime de 80 euros par mois.

L’hypocrisie de la carte scolaire qui ne pèse que sur ceux qui n’ont pas les moyens ou pas les relations pour la contourner.

L’hypocrisie de l’école à deux vitesses, celle des beaux quartiers où l’on enseigne les grands auteurs et le raisonnement scientifique, et celle des quartiers populaires où l’on demande aux enseignants de remplacer Les Fleurs du mal par des chansons de rap, les chefs d’œuvres de la littérature par les films qu’ils ont inspirés, les livres entiers par des morceaux choisis, et l’exercice de rédaction par celui du QCM.

Je veux m’adresser ce soir à nos centaines de milliers d’enseignants, qui chaque jour ont entre leurs mains l’avenir de nos enfants, et qui s’interrogent de plus en plus sur ce que la République attend d’eux.

Je veux m’adresser ce soir à nos penseurs, à nos écrivains, à nos grands scientifiques, de Jacqueline de Romilly à Erik Orsenna, de Françoise Chandernagor à Luc Ferry, qui inlassablement, avec des mots qui leur ressemblent, et qui sont souvent ceux de la force douce, interpellent la Nation sur ce qu’elle fait de son école.

Je veux m’adresser ce soir aux hussards noirs de la République. Ils existent encore, et plus nombreux qu’on ne croit : enseignants des quartiers difficiles, enseignants des zones d’éducation prioritaire, ils résistent à la facilité et à la démagogie des instructions de l’Education nationale et des consignes reçues dans les IUFM.

Ils refusent de changer leurs cours sous prétexte qu’ils sont en ZEP et pas à Henri IV, car ils savent que c’est en choisissant les lectures faciles et les lectures courtes qu’on humilie les enfants des milieux populaires.

Ils vont chercher les lectures les plus difficiles, les auteurs les plus exigeants, les théories scientifiques les plus ardues, pour les enfants les plus défavorisés et les plus désavantagés, car ils savent que ce sont les grands auteurs et les grandes découvertes qui font rêver, qui libèrent de la culture du chômage, de la culture des bandes, de la culture de la drogue, de la culture du repli sur soi, de l’exclusion et des mariages forcés.

Je vous propose que l’on cesse de payer l’école avec des mots, et qu’on lui donne les moyens d’avoir des résultats.

En faisant de l’élève l’auteur de son propre savoir, une idéologie folle a mis l’élève à la place du maître. Je vous propose que nous rappelions qu’enseigner, c’est créer une relation entre le maître et l’élève, c’est permettre au premier de transmettre son savoir, et au second de dépasser le maître.

Tous nous avons croisé dans notre enfance un maître qui nous a marqué, un maître auquel on doit quelque chose de notre vie et de notre histoire. Ces passeurs n’auraient pu imaginer qu’un jour on chercherait à remplacer les maîtres par les élèves. Nous nous souvenons d’eux plus qu’ils ne se souviennent de nous. Mais tous nous ont transmis un savoir ou une règle de vie, un héritage de l’esprit ou une vérité du cœur. Grâce à eux, l’école n’est pas seulement un lieu de formation. Elle est une référence affective qui a les traits de ces maîtres auxquels nous devons tant et qui ont tant contribué à faire de nous ce que nous sommes.

En mettant les parents au même niveau que les enfants, une idéologie folle a couvert les familles de son mépris. Je vous propose que nous rappelions que les parents sont les premiers responsables de l’éducation de leurs enfants.

En inventant ses propres statistiques, une idéologie folle s’est dotée des outils indispensables à l’autocélébration de son manque de résultats. Je vous propose que nous ne connaissions qu’un seul type de statistiques : celles auxquelles font référence tous les autres pays développés. Elles seules nous disent précisément là où en est la France dans la performance de son système d’enseignement.

Elles nous disent que la France est 14ème sur 29 au sein de l’OCDE pour les compétences de ses élèves, loin derrière la Corée, la Finlande, le Japon, l’Australie, la Belgique ou les Pays-Bas.

Elles nous disent que les élèves français ont des performances insuffisantes en résolution de problèmes complexes, en capacité d’imagination, en créativité, en sens de l’esprit critique, en maîtrise des langues étrangères.

Elles nous disent que 15% des élèves de sixième ne savent pas lire et écrire et que 160 000 élèves quittent chaque année l’école sans aucune qualification.

Elles nous disent que nous avons le taux d’échec des étudiants dans l’enseignement supérieur le plus élevé de tous les pays de l’OCDE ; et que seulement un Français sur trois accède à une formation longue de l’enseignement supérieur, contre 80% dans les pays scandinaves et 65% aux Etats-Unis.

Enfin, en nivelant les exigences par le bas, une idéologie folle a brisé l’outil de l’égalité des chances. C’est là sa plus grande faute.

A ceux qui autrefois partaient sans rien, sans héritage ni culture, l’école donnait la possibilité de tout avoir. A ceux qui travaillaient dur, elle assurait la récompense d’une vie meilleure. Au hasard de la naissance, elle opposait la logique de l’effort et du mérite. Les examens étaient les mêmes pour tous, leur valeur était reconnue, la fierté de les réussir était partagée.

Pour acheter la paix sociale, on a dilapidé cet héritage. On a réduit les exigences pour donner une impression de réussite à tous. On a troqué l’égalité des chances contre une illusion éphémère d’égalité. On a préféré le confort et l’apparence des succès immédiats plutôt que la construction de l’avenir.

Aujourd’hui, la vérité perce sous l’imposture.

Les ouvriers et les employés représentent 60% de la population française. Mais leurs enfants ne sont que 30% en terminale S, 15% en classe préparatoire aux grandes écoles, 6% des élèves des grandes écoles d’ingénieurs, 3% des élèves des grandes écoles de commerce.

C’est un appauvrissement considérable pour notre pays. Comme l’a dit Georges Charpak, un pays de 60 millions d’habitants qui ne recrute ses élites que sur 10% de sa population est comme un pays de 6 millions.

De tout ce que la République a entrepris, l’école était sans doute sa plus belle réussite.
Grâce à elle, chacun devenait libre. Libre dans ses jugements, libre dans ses croyances, libre de son destin.

Grâce à elle vivait l’égalité des chances.

Grâce à elle grandissait une Nation fraternelle, construite sur des références et une culture communes.

De tout ce qu’a raté la culture de l’assistanat et de la facilité, l’école est sans doute sa plus belle déroute.

Grâce à elle, l’esprit critique et la capacité de jugement s’amenuisent.

Grâce à elle, l’égalité des chances n’existe plus.

Grâce à elle, la culture commune se dissout. C’est toute la nation française qui s’en trouve menacée.

Mais de même que nous ne devons pas faire à la gauche le cadeau d’être aveugles sur les discriminations, muets sur les injustices, sourds à la désespérance des quartiers, de même nous ne ferons pas, à ces idéologues, le cadeau d’une vision outrancière de l’école.

L’école conserve des pôles d’excellence. Régulièrement, des médailles Fields rappellent le prestige de notre filière mathématique.

L’école est riche de centaines de milliers d’enseignants et de milliers de chefs d’établissement qui assument jour après jour leur vocation au service des élèves.

Je souhaite saluer le travail de ces hommes et de ces femmes, sur lesquels repose l’avenir de notre Nation.

Je souhaite saluer le travail des enseignants en milieu rural et le courage de leurs élèves qui, tôt dans leur enfance, ont appris qu’on doit se lever tôt le matin pour maîtriser son destin.

Je souhaite saluer les performances d’académies comme Nantes et Rennes, dont les résultats sont remarquables.

A ces idéologues, nous ne ferons pas non plus le cadeau d’une vision uniquement comptable de l’Education ; ni celui d’une conception purement utilitariste de l’enseignement.

Nous ne leur ferons pas enfin le cadeau d’une vision exclusivement nostalgique de l’école.

L’école de la troisième République a vécu. Elle était belle. Elle était grande. Elle était noble. La France lui doit beaucoup. Mais elle est d’une époque qui n’existe plus. Ce n’est pas en revenant à l’uniforme et à la blouse, ce n’est pas en revenant aux classes de 60 élèves et à l’examen en sixième, ce n’est pas en revenant à la plume Sergent Major, que nous serons fidèles à l’idéal de Condorcet et à celui de Jules Ferry.

La question n’est pas de revenir aux outils, aux programmes et aux méthodes du passé. La question est de permettre à l’école d’aujourd’hui d’accomplir, comme autrefois, les promesses de la République.

Entre l’école où on ne lit rien de postérieur à 1930 et l’école où ne lit rien d’antérieur à 1980, il y a un juste milieu, celui qui enseigne le respect, mais aussi la différence entre la littérature, quelle que soit son époque, la coupure de presse et la chanson populaire.

Entre l’école où l’on apprend tout par cœur et l’école où l’on n’apprend plus rien, il y a un juste milieu, parce que le fleuve a besoin de ses rives pour le conduire jusqu’à la mer.

Entre la règle dont on frappait les doigts des enfants et l’enseignante qu’on tutoie, il y a un juste milieu, celui de se lever quand le professeur entre.

Entre le pensionnat de Chavannes et l’école ouverte à tous les trafics et à toutes les violences, il y a un juste milieu, celui de l’école sans portable, sans tabac et sans casquette.

Entre l’uniforme et le jean taille basse qui laisse voir trop de choses, il y a un juste milieu, celui d’une tenue décente.

Je vous propose une vision ambitieuse de l’école.

Une école dont le primaire se fixe pour objectif de donner à tous les enfants les bases fondamentales sans lesquelles il n’est pas possible de vivre une vie adulte.

Une école dont le collège se fixe pour objectif de donner aux élèves le goût des grands auteurs, le sens de la rigueur scientifique, les repères indispensables à la compréhension de notre culture et de notre histoire.

Une école dont le lycée se donne pour objectif de porter plus d’élèves vers l’enseignement supérieur, plus d’étudiants vers le diplôme, plus de diplômés vers l’emploi.

Une école dont l’université se donne pour objectif de reprendre sa place aux premiers rangs des classements internationaux des établissements d’enseignement supérieur et d’être au centre de l’effort de recherche.

Une école qui transmet le savoir, mais aussi le savoir-faire et le savoir-être.

Une école qui ne craint pas, un siècle après Jules Ferry, de « compter sur les enseignants pour apprendre aux élèves à bien vivre par la manière dont ils vivent avec eux et devant eux ».

Une école qui donne le goût de l’effort par le plaisir des difficultés surmontées.

Une école qui développe toutes les formes d’intelligence parce qu’aucun enfant n’est sans qualité et parce que la société a besoin de tout le monde.

Une école qui accueille les enfants handicapés, parce que c’est son devoir et qu’il n’est, pour les autres enfants, plus grande leçon de courage et de tolérance.

Une école où l’on fait plus de sport, parce que le sport est une école de soi et une école de la vie.

Une école dont les enfants sont bilingues et ceux qui le peuvent trilingues, parce que c’est une chance d’ouverture aux autres et un atout dans la mondialisation.

Une école qui apprend le respect des femmes, qu’elles soient élèves ou professeurs, et qui soit un lieu où on leur dise que leurs ambitions ne sont pas moins légitimes que celles des hommes.

Une école où les enfants apprennent, comme Marguerite Yourcenar le recommande, « qu’ils existent au sein de l’Univers, sur une planète dont ils devront plus tard ménager les ressources, qu’ils dépendent de l’air, de l’eau, de toutes les êtres vivants, et que la moindre erreur ou la moindre violence risque de tout détruire ».

Une école qui donne confiance en soi, parce qu’ « il meurt lentement celui qui ne sait pas trouver grâce à ses yeux, celui qui détruit son amour-propre, celui qui ne prend pas de risques pour réaliser ses rêves ». (Pablo Neruda)

Je vous propose une école qui développe l’esprit critique et l’esprit de vérité.

Une école qui considère que le plus grand service qu’on rend à un enfant est de lui apprendre à penser.

Une école qui est en phase avec son temps, mais qui n’a pas peur de dire qu’on en apprend plus sur l’homme en lisant Rabelais qu’en lisant des magazines.

Une école qui ne donne pas les examens à tout le monde, mais qui donne à chacun la possibilité de les réussir.

Une école plus exigeante avec ceux qui sont plus défavorisés, car l’école est le patrimoine de ceux qui n’en ont pas.

Une école qui sait en vérité, que c’est en assumant ses missions fondamentales, qu’elle remplira beaucoup de ses missions complémentaires.

Car on en apprend autant sur le courage, le civisme et l’amour de la patrie en lisant Daudet et sa Dernière classe, Rouaud et ses Champs d’honneur, Gracq et son Balcon en forêt, qu’en baillant d’ennui au cours d’éducation civique.

On en apprend autant sur la générosité, la fraternité, le refus des injustices et la lutte contre les fascismes, en lisant les Misérables, Germinal et l’Espoir, qu’en participant à un forum de discussion.

On dispose d’une solide culture politique quand on a achevé la lecture de Primo Lévi et de Soljenitsyne.

La démocratisation de la culture, c’est d’abord d’être doté de repères chronologiques indispensables et d’une bonne connaissance des mouvements d’idées. Pour comprendre Guernica, il faut connaître la guerre d’Espagne. Pour apprécier Les Justes, il faut savoir ce qu’était la misère sous la Russie des Tsars.

Je vous propose une école où les familles ont des droits, mais aussi des devoirs.

Une école où les maîtres sont respectés, mais aussi évalués.

Une école où la promotion des maîtres se fait au mérite, pas en fonction d’une inscription syndicale.

Une école où les élèves sont aimés, mais aussi instruits.

Une école qui, avec André Gide, considère que « l’éducation est une émancipation ».

Une école qui, avec Victor Hugo, sait que « chaque enfant qu’on enseigne est un homme qu’on gagne ».

Une école qui, avec Montaigne, ne cherche pas à « remplir des vases, mais à allumer des feux ».

Une école qui, avec Condorcet, n’a pas peur de former des citoyens libres en formant des citoyens éclairés. Car « plus un peuple est éclairé, plus ses suffrages sont difficiles à surprendre. Même sous la Constitution la plus libre, un peuple ignorant est esclave. Toute société qui n’est pas éclairée par des philosophes est trompée par des charlatans.»

Cette école, je suis venu vous dire que je la crois possible.


Cette école, je vous propose d’abord de la construire avec les familles et non pas contre.

L’école de la troisième République voulait soustraire les enfants du travail des champs et du travail de l’usine. Pour réussir, elle devait laisser les familles à la porte de l’école, et elle a eu raison de procéder de la sorte. Mais l’école d’aujourd’hui n’a plus de raison d’agir ainsi.

Je vous propose que nous affirmions le droit de chaque parent d’être informé, reçu et respecté dans l’école de son enfant.

Droit d’être informé immédiatement que son enfant manque à l’appel.

Droit d’être alerté aussi vite que possible que son enfant décroche du reste de la classe, et non pas à la fin du trimestre comme c’est trop souvent le cas.

Droit d’être reçu par les enseignants et par le chef d’établissement.

Droit de connaître les performances de l’établissement et celles de son enfant par rapport au reste de la classe.

Mais ces droits, je veux le dire clairement, ne sont pas dissociables des devoirs qui incombent à chaque famille. Ce n’est pas parce que l’école est gratuite et obligatoire, qu’elle doit tout aux familles et qu’elle ne peut rien leur demander.

Je vous propose d’affirmer le devoir de chaque famille de s’intéresser aux résultats scolaires de son enfant et de répondre aux convocations de l’institution scolaire. Je vous propose d’affirmer le devoir de chaque famille de ne pas s’immiscer dans les choix pédagogiques des enseignants. Je vous propose d’affirmer que le respect attendu des élèves à l’égard de leurs maîtres est aussi attendu de leurs parents. Je vous propose d’affirmer le devoir de chaque famille de consacrer les allocations familiales et l’allocation de rentrée scolaire à l’intérêt des enfants.

Je vous propose que nous allions même plus loin dans la relation entre l’école et les familles. Je vous propose de créer de la confiance mutuelle et de l’appropriation en permettant aux parents de s’impliquer davantage dans la vie des établissements scolaires de leurs enfants.

Je vous propose que nous donnions aux parents le pouvoir de participer aux décisions qui concernent l’organisation de la vie scolaire comme la construction d’un gymnase, l’organisation des rythmes scolaires ou l’élaboration du règlement intérieur.

Je vous propose de faire entrer plus de parents d’élèves et des anciens élèves dans le conseil d’administration des établissements scolaires.

Et je vous propose de créer un crédit d’impôt pour les jeunes retraités qui s’investiraient dans le soutien scolaire au sein des établissements.

Cette école, je vous propose qu’elle soit un lieu de protection, de sécurité et de respect.

Je serai intransigeant. L’école doit être préservée du racket, de la violence et de la drogue. Je veux exclure des établissements les jeunes qui y sèment le trouble, plutôt que de contraindre les victimes et ceux qui veulent travailler à changer d’établissement. Cela dérange peut-être ceux qui pensent que la liberté des fauteurs de troubles est préférable à la tranquillité de ceux qui souhaitent étudier. Je n’ai pas l’impression d’être un liberticide en demandant à l’institution scolaire d’assurer la protection de nos enfants et la sérénité des maîtres.

Je vous propose que nous aidions les maîtres à reconquérir leur autorité. Je vous propose que les règlements intérieurs des établissements soient plus précis et plus solennels.

Je vous propose que nous autorisions les enseignants à tenir compte de la discipline dans la notation des élèves.

Je vous propose que nous cessions d’étouffer et de banaliser la violence dans les établissements scolaires.

La discipline n’est pas un luxe ou un confort. Elle est une condition de la réussite des élèves et de la mission des maîtres.

Je vous propose que nous nous souvenions de la promesse de Jules Ferry aux instituteurs : « Le législateur (…) ne vous demande rien qu’on ne puisse demander à tout homme de cœur et de sens ».

La République doit se demander en conscience si elle tient encore cette promesse qu’elle a faite à ceux qui se consacrent à la mission la plus essentielle pour l’avenir de notre Nation.

J’affirme que l’Etat se met en situation de non-assistance à personne en danger en assurant mal la formation des enseignants, en n’assurant pas leur protection, en n’assurant pas leur autorité.

Je vous propose que la sincérité de ceux qui disent vouloir faire de l’Education nationale une priorité, se mesure à la manière dont ils traitent les maîtres.

Je vous propose que nous mettions en place cette filière d’excellence de formation des enseignants, prévue par la loi Fillon, d’une durée de cinq ans, reconnue par un master.

Je vous propose qu’au lieu de critiquer les enseignants qui font du soutien scolaire pour compléter des revenus trop faibles, nous augmentions la rémunération de ceux qui accepteraient des missions complémentaires. Aux enseignants qui veulent travailler plus pour gagner plus, je vous propose de confier des études dirigées dans tous les établissements, du soutien scolaire individualisé, des heures supplémentaires ou du temps de présence dans les établissements.

Les difficultés de l’école aujourd’hui ne sont pas marginales. Elles ne sont pas exogènes. Elles ne s’expliquent pas uniquement par l’éclatement des familles et le développement des médias. Elles appellent un renouvellement profond de notre organisation et de nos méthodes.

Aux expériences pédagogiques hasardeuses sur le dos des enfants, aux circulaires administratives aussi détaillées qu’éphémères, au nivellement par le bas des exigences, je vous propose que nous substituions la liberté pédagogique des enseignants, l’autonomie des établissements, et l’évaluation des résultats.

Ne cédons rien sur les exigences. Notre pays a besoin de mettre toutes ses ressources dans l’intelligence et le savoir de ses enfants, pour augmenter le niveau de qualification de ses emplois et développer des esprits libres, inventifs et créatifs.

Mais laissons à chaque maître le choix de sa méthode. C’est parce qu’on a cru pouvoir remplacer, par des circulaires administratives, l’expérience de toute une vie d’institutrice qu’on a mis des milliers d’enfants sur la voie d’une lecture hésitante.

Je vous propose que nous évaluions plus souvent les enseignants, mais sur la base des progrès et des résultats de leurs élèves, pas sur celle des pédagogies qu’ils utilisent.

Je vous propose de sortir de l’impasse du collège unique par l’individualisation des parcours. Il faut rompre avec l’organisation uniforme des cycles où chaque élève ne passe dans la classe supérieure que s’il a acquis toutes les compétences de la classe précédente, jusqu’à finir par passer un jour au bénéfice de l’âge et de la lassitude de ses enseignants. C’est en individualisant les parcours que nous donnerons à chaque collégien la possibilité de réussir son collège, d’acquérir à son rythme non seulement le socle, mais aussi tout ce qu’il pourra au-delà. Le collège unique ne doit plus être un collège inique.

Je vous propose de diversifier l’offre scolaire par l’autonomie des établissements. Les équipes éducatives pourraient mettre en place de véritables projets d’établissements avec de véritables moyens. Des projets qui servent à l’instruction et à la transmission des savoirs, pas seulement à l’animation et à l’ambiance. Des projets qui permettent de valoriser l’intelligence et le mode d’apprentissage de chaque enfant.

Je vous propose de faire en sorte que chaque famille qui le souhaite puisse scolariser ses enfants dans un établissement pratiquant le mi-temps sportif ou artistique. Parce que la France que je vous propose, ce n’est pas la France où chacun doit faire la même chose, de la même manière, au même moment, mais la France de la liberté de choix et de la responsabilité.

L’Etat assurera sa mission de garant de la justice et de l’efficacité du système par une évaluation rigoureuse, annuelle et publique de chaque établissement. Il pourra apporter son aide aux établissements qui ont des difficultés et des gratifications collectives aux équipes qui réussissent.

Je vous propose enfin que nous n’ayons plus peur d’afficher notre attachement à la liberté de l’enseignement et que nous permettions à tous les parents qui le souhaitent, dans le respect des équilibres chèrement acquis, d’inscrire leurs enfants dans un établissement privé sous contrat.

L’équilibre général entre le privé et le public n’est pas contesté. Personne ne demande sa remise en cause. Mais ce n’est pas le remettre en cause que de permettre aux établissements privés de réorganiser leurs implantations pour répondre à la demande là où elle se trouve, en particulier dans les quartiers populaires. C’est en revanche un instrument du libre choix.

Je vous propose que l’objectif de mixité sociale pèse sur les établissements scolaires et pas sur les élèves.

C’est à l’institution scolaire de s’organiser pour proposer partout une offre éducative de qualité. C’est à l’institution scolaire de s’organiser pour que chaque établissement attire des élèves de toutes origines.

Nous ne pouvons nous résoudre à obliger des enfants méritants, qui n’ont ni les moyens, ni les relations pour s’affranchir de la carte scolaire, à fréquenter des établissements médiocres pour afficher un semblant de mixité sociale et scolaire.

Je vous propose que nous donnions à chaque famille le droit de retirer son enfant d’un établissement scolaire qui n’assure pas sa protection, ni son avenir.

Je vous propose que chaque famille ait le choix de l’établissement scolaire de son enfant. C’est la conséquence logique de l’autonomie et de la diversification des établissements. La carte scolaire a été créée en 1963. Est-il si inconvenant en 2007 de vouloir s’en affranchir, alors que plus aucun pays en Europe ne la pratique ?

Je vous propose que chaque établissement ait progressivement la liberté de recruter des enfants en dehors de son secteur. Mais qu’il ait aussi le devoir de veiller à respecter une diversité sociale et géographique dans ses effectifs.
***

C’est dans les quartiers les plus démunis, dans les quartiers les plus défavorisés, que l’école de la République, en abaissant le niveau de ses exigences, s’est le plus éloignée de l’idéal que ses fondateurs lui avaient assigné.

La France profonde d’aujourd’hui, c’est la France des quartiers populaires. Les enfants qu’il fallait soustraire des fermes et des usines, sont devenus des enfants qu’il faut soustraire de la culture du chômage, des bandes, de l’exclusion, du désespoir et de toutes les formes d’intégrisme.

Déposer le bilan des zones d’éducation prioritaire, ce n’est pas renier le principe de l’éducation prioritaire. C’est ouvrir les yeux sans complaisance sur une politique dont la mise en œuvre a échoué. En 25 ans, l’écart de niveau s’est aggravé entre les établissements de ZEP et les établissements ordinaires. En 25 ans, la ségrégation urbaine s’est accrue. En 15 ans, le chômage des jeunes a quasiment doublé dans les quartiers populaires.

Là où il fallait mettre les meilleurs enseignants, nous y avons mis les moins expérimentés. Là où il fallait mettre le plus de culture, nous en avons mis le moins. Là où il fallait mettre le plus de rigueur, nous avons laissé fléchir le niveau. Là où il fallait mettre le plus de discipline, nous avons laissé grandir le chaos. Là où il fallait donner le plus d’espoir, nous avons anéanti les espérances.

Je vous propose que nous divisions par deux immédiatement les effectifs des établissements scolaires les plus dégradés, en répartissant les élèves en surnombre dans les établissements avoisinants. Je vous propose que des équipes volontaires, spécialement formées, comprenant des enseignants expérimentés, dotées de moyens renforcés, se fixent le défi, par des projets éducatifs d’excellence, d’offrir un autre avenir à ces établissements en déshérence. Au terme d’un délai de trois ans, nous évaluerons leurs performances. Celles qui ont réussi pourront élargir leur recrutement, et même essaimer leurs méthodes vers un autre établissement difficile. Pour les autres, nous ne devrons pas hésiter à en répartir les élèves dans d’autres établissements.

C’est dans les quartiers populaires que l’Etat doit garantir le plus des sorties culturelles et des séjours linguistiques. Car les langues sont un bagage indispensable dans le monde d’aujourd’hui, et la culture un facteur de liberté, d’estime de soi, d’ouverture aux autres.

Je vous propose de créer des internats de réussite éducative en ville pour tous les enfants qui veulent réussir, mais qui n’ont pas de bonnes conditions de travail chez eux. Et des écoles de la deuxième chance, pour ceux qui ont été victimes d’un système d’éducation prioritaire, dont l’intention était généreuse, mais dont la mise en œuvre s’est trompée pendant 20 ans.

Mes chers amis, c’est par l’éducation que nous éviterons le communautarisme. C’est par l’éducation que nous sauverons la méritocratie. Ce soir, je suis venu vous convaincre que la vraie fidélité à la République, ce n’est pas de donner à tout le monde la même chose, c’est de donner plus à ceux qui ont moins.

Ne vous laissez pas voler l’égalité des chances. Rien n’est plus proche du mérite, de l’effort, du travail, de l’initiative individuelle, de nos valeurs les plus fondatrices, de notre conception de la République, que de mettre chacun au même niveau sur la ligne de départ.

Je vous propose que nous libérions nos enfants de la tromperie que constitue actuellement le dispositif d’orientation.

La psychologie ne peut pas être le seul critère d’une bonne orientation. Ces critères doivent être le goût des enfants, leur talent et les perspectives du monde du travail.

Je vous propose qu’orientation ne rime plus avec voie de garage et relégation. Qu’au travers d’une découverte précoce des métiers pour tous les élèves, nous nous dotions au contraire des moyens de donner aux enfants l’envie d’apprendre, l’envie de réussir, l’envie d’aller le plus loin possible. Car c’est plus humanisant et terriblement motivant de faire des mathématiques pour devenir pilote, de la biologie pour devenir vétérinaire, des langues pour devenir journaliste, de l’histoire pour devenir artisan d’art, que seulement pour avoir un bon bulletin scolaire.

La France excelle dans certaines disciplines manuelles, techniques ou technologiques, comme la gastronomie, l’industrie du luxe, la construction navale ou encore le jeu vidéo. Je vous propose de créer des universités des métiers, c’est-à-dire des établissements supérieurs d’enseignement dans ces disciplines parce que les filières professionnelles et technologiques ne sont pas moins nobles que les autres. Elles ont aussi droit à leurs « grandes écoles ».

Je vous propose que la France renouvelle en profondeur le mode de recrutement de ses élites.

Si un lycée sur deux ne présente aucun élève en classe préparatoire aux grandes écoles, c’est qu’un élève sur deux a fini par se convaincre que les filières les plus cotées n’étaient pas faites pour lui.

Je vous propose que nous mettions fin à cette autocensure scolaire en donnant le droit aux 5% des meilleurs élèves de chaque établissement de rejoindre une classe préparatoire aux grandes écoles. La sélection se ferait sur la base des résultats au bac, auquel nous redonnerions ainsi le prestige qu’il a perdu. Chaque établissement aurait sa filière d’excellence, et chaque élève sa chance, sans être handicapé par la méconnaissance de codes sociaux qui donnent à notre élite son caractère aujourd’hui si tristement homogène.

***

Je vous propose que l’enseignement supérieur soit une priorité de notre projet. Parce que c’est une protection dans la mondialisation. Parce que c’est une nécessité pour des emplois plus qualifiés. Parce que nos universités méritent les premières places dans les classements internationaux.

Notre objectif doit être de porter beaucoup plus de jeunes vers l’enseignement supérieur, dans les formations courtes comme dans les formations longues, mais dans des filières qui ouvrent sur des débouchés et sur des emplois.

L’orientation des étudiants dans le système d’enseignement supérieur devrait être libre, mais responsabilisante. Que l’Etat finance autant de places à l’université qu’il en faut. C’est l’intérêt de notre pays. Mais qu’il le fasse en fonction des débouchés de chaque filière. Au moment des inscriptions, un dialogue entre les universités et les étudiants permettrait à chacun de s’engager dans une voie qui lui garantisse le succès et l’emploi.

Je vous propose que les mots « vie étudiante » ne riment plus avec les mots « galère et mal logement », mais avec les mots « travail, capital intellectuel, égalité des chances, ouverture aux autres, partage, culture, sport ». Je vous propose que la vie étudiante se déroule sur des campus modernes dont les bibliothèques seraient ouvertes sept jours sur sept. Que chaque région ait au moins un campus de niveau européen et que l’aménagement du plateau de Saclay en pôle d’enseignement, de recherche, et d’innovation, de niveau mondial, soit un chantier présidentiel.

Je vous propose d’encourager le travail étudiant parce qu’il n’y a que le socialisme français pour sanctionner les étudiants qui travaillent tout en poursuivant leurs études. Cela suppose de défiscaliser les revenus du travail étudiant et d’augmenter le montant des bourses alloués aux étudiants qui travaillent, plutôt que de les supprimer.

Je vous propose que les bourses constituent un réel soutien pour les enfants des classes moyennes et populaires, et que leur montant augmente avec le mérite.

Je vous propose que chaque jeune puisse signer avec l’Etat un contrat d’autonomie : un contrat qui lui donne des droits, celui d’être autonome grâce à un prêt à taux zéro ; mais un contrat qui lui donne des devoirs : celui de réussir ses études ou de suivre un programme d’accès à l’emploi, et celui de rembourser l’avance de l’Etat une fois sa situation stabilisée dans un emploi durable et correctement rémunéré.

Le contrat d’autonomie n’est pas un RMI jeune. Il n’est pas un énième plan d’accès à l’emploi pour les moins de 25 ans. Il est un contrat responsabilisant, qui pousse chaque jeune à suivre et à réussir des études ou une formation, dans le but d’obtenir un emploi solide.

Je vous propose enfin de créer la société de la deuxième chance. Une société où les écoles et les universités sont ouvertes le soir parce qu’il n’y a pas d’âge pour se former. Une société qui garantit à tous ceux qui n’ont pas pu faire d’études supérieures de pouvoir les entreprendre à 30, 40 ou 50 ans. Une société où l’échec cesse d’être humiliant parce que le risque est reconnu et valorisé. Une société où les destins ne sont pas écrits à l’avance parce qu’on n’a pas pu prendre le bon train à l’heure.

Mes chers amis, l’excellence n’est pas le privilège des milieux favorisés, elle est d’abord le droit des enfants les plus démunis ! L’égalité des chances ne repose pas sur l’uniformité des traitements et des méthodes, elle consiste à donner plus à ceux qui ont moins ! L’école n’a pas besoin qu’on lui assène des idéologies, elle a d’abord besoin qu’on l’écoute, qu’on la comprenne, qu’on lui dise ce qu’on attend d’elle et qu’on lui fasse confiance !

Le temps est venu de vouloir plus d’ambition pour nos enfants, plus de considération pour notre école, plus de confiance dans nos professeurs, plus de prestige pour nos universités, plus d’exigence pour la République !

C’est à nous de dire qu’on ne peut plus longtemps abandonner l’éducation à ceux qui en font le terrain de jeu de leurs idéologies dépassées ! C’est à nous d’agir pour que le progrès scolaire redevienne le moteur du progrès social ! C’est à nous d’affirmer que la République n’a qu’un seul devoir vis-à-vis de l’école, et l’école un seul devoir vis-à-vis de la République, le devoir de réussite.

30.11.2006

Déclaration de candidature dans la presse locale régionale

Etes-vous candidat à l'élection présidentielle ?
Ma réponse est oui.

Pourquoi ?
C'est une décision mûrement réfléchie. A titre personnel, elle n'était pas évidente. Cette décision m'engage ; c'est le choix d'une vie. C'est une lourde responsabilité vis-à-vis des Français auxquels je demande de me faire confiance. Je me sens la force, l'énergie et l'envie de proposer une autre vision de la France. J'ai l'ambition de créer une nouvelle relation avec les Français qui repose sur deux mots : confiance et respect, confiance en la parole donnée et respect de chaque Français pris individuellement.

Quel contenu donnez-vous à cette nouvelle relation ?
Faire de la France le pays où «tout peut devenir possible». Et cela pour tout le monde, mais d'abord pour ceux qui ont connu des épreuves, se sentent fragiles ou qui pensent que «rien n'est jamais pour eux». Quand tout sera redevenu possible, quand la promotion sociale, le droit à la propriété, une meilleure école pour ses enfants, un meilleur salaire pour soi, une réelle égalité entre hommes et femmes, seront des objectifs réalisables pour chacun, alors les Français retrouveront le goût de vivre ensemble. Et la nation française sera à nouveau un exemple pour le monde.

Pourquoi maintenant cette annonce de candidature ?
Je m'étais engagé auprès du président de la République à ce que 2006 soit consacré au travail gouvernemental et que la campagne ne démarre qu'en fin d'année. J'ai respecté mon engagement. Dans cette campagne je dirai tout avant afin de pouvoir tout faire après. Notre démocratie a besoin de franchise, d'honnêteté, de vérité.
Avez-vous fixé un terme à votre présence au gouvernement ?
Il est trop tôt pour répondre parce que ma famille politique n'a pas encore décidé de me soutenir. En tout état de cause, je ne serai plus ministre au moment de l'élection: en cela je serai le premier à m'imposer cette règle contraignante.

Vous êtes en pré-campagne depuis des années. Qu'est-ce qui va changer désormais ?
Depuis des années, j'ai la même volonté de renouveler le débat public. Je vais maintenant m'adresser à tous les Français, sans exception. Je pense entre autres aux catégories de la population auxquelles nous n'avons pas assez parlé : aux fonctionnaires, aux Français les plus récents, aux femmes, aux jeunes, à ceux qui n'ont plus d'espoir. Je vais leur parler de la France et de leur avenir. J'appelle la droite républicaine et le centre à s'ouvrir aux idées nouvelles afin que tous les Français puissent se reconnaître en nous.

Votre programme sera-t-il UMP ?
Lionel Jospin avait dit, en 2002, que son programme n'était pas socialiste. L'électorat socialiste l'a «compris». Il n'a pas voté pour lui. Qu'on ne compte pas sur moi pour tenir un discours qui ne soit pas fidèle aux valeurs de la droite et du centre. J'aime mon pays, je crois aux vertus du travail, du mérite, de la récompense et de l'effort. Mais je ne suis pas un conservateur car je crois au mouvement. L'ordre n'est acceptable que s'il est en mouvement. L'ordre juste, c'est juste de l'ordre. Je veux que l'avenir redevienne une promesse et cesse
d'être une menace. Les Français attendent des raisons d'espérer. Il n'y a de fatalité que pour ceux qui renoncent. Je n'en serai jamais.

Le mot rupture fait-il encore partie du vocabulaire de Nicolas Sarkozy ?
Oui car je veux rompre avec une façon de faire de la politique. Rompre, ce n'est pas la crise. A ceux qui voudraient m'appeler à la continuité, je pose la question : êtes-vous sûrs d'être en harmonie avec les Français ? Je veux rompre avec l'idée que l'on peut travailler moins et gagner plus, qu'en accueillant tout le monde, on peut intégrer convenablement, qu'on démocratise l'enseignement en abaissant le niveau des diplômes. A mon poste de ministre, j'ai profondément changé les choses. Je veux remettre la société française en mouvement.